JAPON, le 21 mai 2013 | 41 commentaires

Assister à une journée d’un tournoi de sumô : que de points forts !

Sumo
 
Six fois dans l’année, un nombre incalculable d’yeux doivent être passionnément rivés sur ceux que l’on considère parfois comme les demi-dieux du ring, alias les rikishi, qui, pendant 15 jours, vont combattre pour remporter le tournoi. Le grand tournoi de mai (Natsu basho) a débuté dimanche 12 mai à Tokyo pour se finir le 26 : enthousiasme et curiosité doublés d’admiration ont été les principaux moteurs de la découverte de ce sport surprenant, aussi mythique qu’hyper-codifié !

Je vous ai ainsi listé les éléments qui m’ont le plus marquée – surprise – enthousiaaaaaaasmée. Je vous jure : rien que ça ! En tous cas, c’est vraiment une chouette expérience que je ne peux que vous recommander si vous avez l’occasion de venir au Japon lors d’une période de tournoi.
 
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Sumo
 
Mes fesses confortablement installées dans le canapé, j’avais eu l’occasion de regarder quelques matchs à la télé il y a quelques mois, notamment lors de notre séjour à Osaka en Janvier (non, parce que en vrai, on n’a pas la télé chez nous), mais l’effet "live"… n’a vraiment rien à voir (comme souvent) et m’a complètement conquise ! Dorénavant, j’ai vraiment envie d’en savoir plus sur ce sport. Nous arrivons donc vers 11 H le matin, le Ryogoku Kokugikan ne connaît pas encore la ferveur des après-midis de tournoi (qu’on aura le temps d’apprécier après, vous verrez clairement la différence matin / aprèm sur les photos), les jeunes lutteurs sont en train de combattre. "Petits"… mais déjà bien forts !

Les combats s’enchaînent, je découvre alors leur parfaite orchestration et c’est avec de nouveaux termes qu’il faut se familiariser : le Yobidashi, qui appelle poétiquement chaque lutteur, mais aussi le Gyôji, l’arbitre, que l’on repère rapidement grâce à sa magnifique tenue et son Gunbai (son éventail). Sa progression professionnelle serait plus ou moins comparable à celle du sumô. On observe le dohyô, dont le cercle en paille formé sur le dessus détermine la zone de laquelle il ne faut pas sortir, sous peine de perdre le combat. Un imposant toit aux allures shinto est suspendu au dessus du dohyô. Quant au Banzuke, il décrit le classement des lutteurs, dont chaque division est séparée en deux catégories : nishi (ouest) et higashi (est – apparemment la plus prestigieuse).
 
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Autre point fort du sumô : les très esthétiques (et surprenantes) cérémonies qui ponctuent la journée. Lors du Makuuchi dohyô-iri, les lutteurs de la plus haute division (makuuchi), vêtus d’un grand tablier coloré (le keshô-mawashi) montent sur le dohyô du moins gradé au plus gradé. D’abord tournés vers l’extérieur du dohyô, ils effectuent un demi-tour sur eux-mêmes, lèvent les bras puis secouent leurs tabliers en soie dont la confection, très minutieuse, est aussi fort onéreuse.

Il suffit d’entendre l’enthousiasme du public lors de la cérémonie de Yokozuna dohyô-iri pour se rendre compte de l’ambiance toute particulière qui règne dans la salle ! Ces cérémonies de "purification" nous rappellent que certains rituels sont d’origine shinto.
 
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Enfin, après quelques heures de combat, la cérémonie de la "danse de l’arc" ou Yumitori-shiki (courte vidéo ici) met en scène un lutteur de Makushita et clôture la journée. L’assemblée semble concentrée, admirant la gestuelle du lutteur. Je ne comprends pas vraiment, mais… je trouve ça poétique, encore une fois.
 
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Chaque combat, en soi, est très court : il dure de une à deux minutes (voire moins), mais il précédé de longs rituels : face à face, les lutteurs lèvent la jambe droite puis la font retomber lourdement au sol (shiko). Rebelote avec la gauche. Ils boivent ensuite une gorgée d’eau, la recrache, saisissent une poignée de sel qu’ils jettent très haut et qui retombe en douceur sur le dohyô (Shiomaki). C’est sans conteste la partie que j’ai préférée : je dois bien avoir une quarantaine de photos de sel pris en plein vol ah ah, ça n’a pas été simple de faire ma sélection "il est beau ce lancer… ah mais celui-ci aussi il est bien… mais meeeeeeeeerde, ils sont tous bien !"

Plus le lancer est majestueux, plus on a tendance à fabuler sur la force du lutteur, comme si c’était sa manière "d’annoncer la couleur" à son adversaire. Par exemple, le lancer du tchèque Takanoyama (ci-dessus) était particulièrement beau et il se trouve qu’il l’a remporté haut la main contre Tokushinho, qui pèse pourtant un quintal de plus. Bon, ok : tu as le droit de douter de ma théorie du lancer.

On imagine derrière ces enchaînements qui paraissent tellement simples (comme le saut à ski, ça paraît simple, quand on le regarde à la téloche), les heures d’entraînement, la grand discipline dont ils doivent faire preuve, la pénible répétition des gestes permettant d’atteindre… la perfection ?
 
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Après l’aspect cérémonial, qui fait indéniablement partie du sumô, place tout de même à l’action. Les lutteurs touchent le sol avec leurs poings pour accepter le combat et le débuter (shikiri). Si les différentes techniques vous intéressent (il existe apparemment 82 prises différentes "kimarite"), je vous laisse jeter un œil ici. Rapidement, on se prend au jeu, saisis par la puissances des échanges, la différence de corpulences, parfois (et qui n’est pas gage de réussite !) certains "faux départs" qui te font pousser de grands "OooOOOH" déçus, mais c’est cette dextérité hors-pair pour éviter le fail ultime, la sortie du dohyô ou la chute, qui révèle la difficulté réelle de ce sport et dans lequel, outre capacités physiques, entraînement et étiquette, de nombreuses qualités mentales sont requises : concentration extrême, intuition…
 
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Bien que mignonne, la chute doit parfois être douloureuse ! Je comprends à présent l’expression "tomber les quatre fers en l’air" ! Les proches spectateurs, eux, ne semblent rien voir venir et restent carrément de marbre. Recevoir un sumô dont le poids peut atteindre plusieurs quintaux sur la tronche n’a pas l’air de les inquiéter plus que ça.
 
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Sans doute à cause de leur titre de "demi-dieux", je pensais les lutteurs très inaccessibles, distants et… pas forcément sympathiques. Impassibles, ils le demeurent, mais ça paraît très logique vu leur rythme de vie / travail. Quand on sort du Ryogoku Kokugikan, il est possible d’assister à ce que j’appelle "l’entrée des artistes". Après les combats, un lutteur s’est assis sur un banc dans l’enceinte du bâtiment et discutait avec ceux qui osaient l’aborder (et moi je l’ai embêté pour une photo, je suis triste de ne pas avoir retrouvé son nom :-/), tandis que d’autres se baladaient tranquillou.
 
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Ça doit sans doute se voir… mais j’étais trop contente !!
 
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Impossible de passer une journée au Ryogoku Kokugikan sans s’octroyer une petite pause bento. Que dis-je, il est même possible de ne pas faire de pause puisque, les sièges (ceux du haut) sont dotés de petites tables rabattables, et… d’un décapsuleur ! Comme d’habitude, les japonais pensent vraiment à tout et surtout au moindre détail qui facilite la vie. De là où nous sommes, nous apercevons des centaines de sachets de victuailles éparpillés partout dans la salle ! Ce n’est définitivement pas ici qu’on va mourir de faim !
 
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Imaginez-vous un stade rempli de hooligans… et bien : c’est tout sauf ça. Troquez la testostérone contre les œstrogènes, bien plus délicats lorsqu’ils sont titillés et vous vous apercevrez de l’énorme succès que remportent les sumôs auprès de la gent féminine.

Sur ma gauche, des fans organisés, sont munis de banderoles et d’éventails à la couleur de leur champion, qu’ils remballent discrètement quand celui-ci a gagné son match.

Un autre fan, branché sur 15 000 volts squattait le fond de la salle et encourageait chaque lutteur : il était juste trop génial !
 
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Que serait le match aussi, sans un environnement propice à l’accueillir ? Le Ryogoku Kokugikan est un lieu magnifique, vide ou plein à craquer, il vaut le détour à lui tout seul. Inauguré en 1984, il peut accueillir presque 11 000 personnes !
 
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Il paraît que la meilleure journée du tournoi est celle qui le clôture, ce sont en tous cas les places vendues en premier même si, sur le net, on lit que de nombreux scandales ont récemment éreinté ce sport et l’intérêt du public, par la même occasion.

De notre côté, c’est certain, en tous cas, qu’on essayera d’assister à une autre journée de tournoi, cette année ou l’année prochaine, tant nous avons été séduits.

J’espère que vous avez passé un bon weekend, à bitôt !

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41 réponses à “Assister à une journée d’un tournoi de sumô : que de points forts !”

  1. Jean Paul

    Merci pour ce reportage qui grandiose qui donne un bon aperçu de ce qu’est un tournoi de sumo. Pour ma part, j’ai beaucoup parcouru le site Dosukoi et j’y ai trouvé plein de réponses et en plus ça permet de suivre le tournoi en direct!

    http://www.dosukoi.fr

  2. benoit

    Bonjour, je voulais savoir à partir de quel age les enfants peuvent ils assister au tournoi de sumo(si vous le savez…), j’ai vu qu’il fallait un ticket pour les + de 4 ans mais est ce que les 3 ans sont autorisés ? merci !!

    • Bonjour, je vous avoue ne pas avoir vu de très jeunes enfants lorsque nous y sommes allés au mois de mai dernier :-/ Aucune idée. Mais comme ça, j’aurais tendance à dire qu’ils sont autorisés.

  3. Barbara

    J’y étais le 19 mai !!
    C’était vraiment génial, j’ai adoré cette journée partagée entre le tournoi de sumo et le festival Sanja Matsuri à Asakusa :-D

    Merci pour tous ces articles qui me font revivre mon magnifique voyage !

  4. On en apprends à chaque nouvel article, un véritable plaisir :)
    Bisous

  5. Stéphanie K

    Ca doit être sympa à vivre :)

    Toute jolie à côté du Sumô ^^

    Bisous

    • En live, c’est toujours hyper sympa ! Bises Stéphanie

  6. Super article, merci beaucoup. Je ne connais pas bien ce sport mais ça me donne envie d’en savoir plus. J’avais fait mon mémoire sur les pratiques mystiques dans la lutte sénégalaise et je trouve ça intéressant de voir tout ce qui entoure le combat en lui même. Les photos sont top. Merci encore :)

    • C’est pas commun comme intitulé de mémoire ça dis donc !

  7. Ca doit être un moment magnifique a vivre ! Merci pour ce beau post !

    • Ah ça oui, c’était génial !

  8. Morgane

    Aaaah j’étais allée à Tokyo en juillet et du coup, c’était pas la saison des combats mais j’aurais tellement adoré y aller!
    Du coup ton article rattrape un peu ça, très intéressant, merci!!
    J’avais lu quelque part qu’à l’origine les combats de sumo étaient religieux, et visaient à favoriser les récoltes (notamment avec le jeté de sel je crois), on retrouve bien l’aspect rituel de ce genre de cérémonie encore aujourd’hui, même si c’est devenu un sport à part entière.

  9. trop fort, j’adore

  10. Mais naaaaaan… ça doit être un moment à part ! Je suis jalouse. Les photos sont très jolies :-)
    Bisous bisous

    • Tu ne comprends pas la symbolique de chaque geste et de chaque cérémonie, mais c’est passionnant à regarder !

  11. oh c’est impressionnant tes photos, alors j’imagine en vrai! j’adorerais voir ca en live!

    • Si un jour l’occasion se présente, n’hésite pas !

  12. ça à l’air sympa à voir en effet, je ne pensais pas qu’il y avait tant de cérémonies pour ce sport!

  13. Cela doit être absolument incroyable comme ambiance
    Bisous et merci du partage ma Caro

    • Merci d’avoir pris le temps de me lire (c’était un peu long). Bises Sylvie !

  14. alallala ça a l’air impressionnant, tout un univers à voir au moins une fois ! je mets àa dans ma « to do list » lol
    merci pour cet article, très instructif ^^
    à bientôt

    • Même si tu n’es pas une grande fan de sport (comme moi… ahem), les cérémonies, l’ambiance valent le détour !

  15. C’était passionnant, merci beaucoup !

    • Chouette si ce petit aperçu t’a plu :-)

  16. Elle est marrante la photo du Sumô et toi, on voit en effet que tu es super contente !! Ce doit être une sacrée expérience que d’assister à un tel tournoi, je pense qu’il doit y avoir une belle ambiance. (et on a l’air de bien y manger aussi ;)
    Bises

    • L’ambiance y est vraiment géniale (et les bento étaient délicieux, mais comem souvent). Bises Zelda !

  17. Top ! ça a l’air impressionnant ! Bravo pour la Une en tout cas :) je te suis de près hihi pas du tout dans le même style ^^

    Des bisous !

  18. Marielle

    super j’adore !

    • Si vous venez en janvier, peut-être que… ?!

  19. Sacrée expérience… toujours aussi bien narrée qu’à l’accoutumée. J’ai pris un grand plaisir à lire ton récit.
    Au fait, j’ai adoré te voir en photo, tu faits l’effet d’une plume, aux côtés du gladiateur ! :)
    Des bises,
    Nathalie

  20. Ton article tombe à pic je lisais justement un roman japonais où ils parlent à un moment de ces fameux combats et donc d’un peu tout ce qu’il y a autour. Tu n’as pas voulu tenter de manger la marmite du lutteur ? (je ne me rappelle plus du nom en japonais mais apparemment il y a un stand où ils en vendent pour les spectateurs)

    • Le Chanko Nabe ?
      Ah non je n’ai pas vu ça !! Mais il me semble qu’en bas, il y avait plus de stands de mangeaille (mais longue file d’attente donc je m’y suis pas risquée !) – je suis aussi toujours preneuse d’idées lectures sinon ! :-)

  21. Super, ca donne vraiment envie d’y aller. Sais-tu s’il y en aura au mois d’aout ? Y a t’il un agenda pour les tournois ? Merci beaucoup et bonne soirée ;-)

  22. Merci pour ce superbe reportage !!!

  23. marianne

    Genial ce poste!! Merci pour ton partage d’expérience

    • De rien ma douce, c’est gentil de l’avoir lu !

  24. Une grande expérience à vivre !! Trop la chance !!

    • Franchement : je sais que (presque) tout m’enthousiasme, mais c’était vraiment génial !

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