DIVERS, le 12 juin 2013 | 9 commentaires

For The Last and First Time de Sophie Calle : l’expo-photos à deux temps

Voir La Mer
 
Qu’est-ce que "voir" ?
Qu’est-ce que la beauté ?

Deux questions. Deux questions d’apparences tellement simples, mais auxquelles notre sensibilité, notre vécu ou encore nos connaissances, nous feraient répondre de mille manières différentes. On dit souvent que la beauté n’est ni dans le lieu, ni dans l’objet, mais bel et bien dans le regard de celui qui observe. Alors, que signifie la beauté, quand la faculté de voir nous a été ôtée ? Continue-t-on de voir, quand on a perdu le sens qui le permet ? Deux questions qui ne cessent de trotter dans nos petites têtes tout au long de la découverte de cette expo-photos : c’est ainsi sur une toile de fond très philosophique que s’articule For The Last And First Time de l’artiste française Sophie Calle.

C’est après avoir discuté de cette expo avec une française puis avec une amie japonaise, aux avis très opposés à son propos, que s’est confirmée l’envie de me rendre au musée Hara, situé à quelques minutes à pied de la gare de Shinagawa.
 
Blind With Sofa
 
"There is no last image – my loss of eyesight was gradual – but there is an image that remains, the one that’s missing: three children that I can’t see, sitting side by side". ("Blind with couch")
 
Le fil conducteur de cette partie de l’exposition intitulée La dernière image, réalisée en 2010, réside dans l’expression du souvenir. Quelle est la dernière image dont vous vous rappelez ? demande Sophie Calle à treize personnes, hommes et femmes, ayant perdu la vue. Leurs portraits, illustrés d’un titre bref ("Blind with husband", "Blind with sports car"…) sont accolés à "la dernière image", photographie issue des entretiens et du travail d’écoute et de reconstruction de Sophie Calle. Ces dernières images, ces personnes ne les ont pas choisies, elles n’ont nul besoin de les invoquer, comme définitivement gravées.

Cette partie de l’exposition est poignante, certaines témoignages violents ("Blind with a revolver", notamment) et parfois dérangeants, mais on ne tombe jamais dans le pathos. Avec l’inévitable brume des années qui passent, d’autres images finissent par s’affadir jusqu’à, parfois, s’effacer, comme raconte cette femme qui explique avoir oublié le visage de ses enfants ("Blind with husband").
 
Voir La Mer
 
Voir la mer (2011) et La dernière image sont indissociables l’une de l’autre : Voir la mer est le fruit d’un précieux échange entre Sophie Calle et une personne devenue aveugle, sur la plus belle chose que cette dernière avait jamais vue : " La mer, la mer à perte de vue".

Sophie Calle est donc partie du postulat que la mer, étendue d’eau infinie, huileuse ou agitée, pouvait faire partie de cette beauté dont nous parlons souvent sans être capable de la décrire précisément et que certains n’avaient jamais eu la chance de pouvoir appréhender. Avec le support photographique de Caroline Champetier, Sophie Calle a ainsi invité plusieurs hommes, femmes et enfants, originaires du centre de la Turquie et ayant migré dans une partie d’Istanbul éloignée des côtes, afin qu’ils puissent enfin… voir la mer.

C’est dans une grande pièce du rez-de-chaussée du musée Hara où sont installées une dizaine d’écrans, que nous pouvons apprécier et ressentir l’émotion de ces personnes découvrant la mer pour la première fois. D’abord filmés de dos, nous nous familiarisons avec ces personnages aux-mêmes en pleine familiarisation avec cet élément qui leur était jusqu’alors inconnu. Leurs pensées nous semblent palpables, nous les investissons d’une sensibilité qui se révèle sans conteste, être la nôtre. Les silhouettes se retournent enfin, dévoilant des visages réels, substituant la réalité troublante de cette émotion, unique, à notre propre imaginaire. Quiétude, larmes, sourires finissent par s’entremêler. C’est donc ça, rencontrer la mer.

Je ne connaissais pas vraiment Sophie Calle (mea culpa !), un personnage apparemment fort intriguant et qui n’en est pas à sa première incursion dans le "monde" des aveugles. L’expo m’a vraiment émue et donné envie d’en apprendre un peu plus sur cette artiste. Si vous avez pu la voir à Paris ou ailleurs, qu’en avez-vous pensé ? Aimez-vous Sophie Calle ?

Je vous souhaite une bonne journée !

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9 réponses à “For The Last and First Time de Sophie Calle : l’expo-photos à deux temps”

  1. Heu moi non plus, bon c’est réparé grâce à toi ma Caro
    Bisous

  2. Je ne connais pas non plus cette artiste ! L’expo a l’air super, j’ai lu ton article avec grand intérêt et ça a éveillé ma curiosité ! Dommage que ce soit si loin !

    Au fait, je n’arrive pas à te répondre par mail ! Bisous !

    • L’expo a eu lieu à Paris fin 2012 je crois bien :-/
      Désolée pour les mails, ma boite OVH était full metal jacket, j’ai bien reçu le dernier !

      • Ah bon ben c’est loupé alors ! De toutes façons Paris c’est encore assez loin de chez moi donc pas trop de regrets ! Bisous !

  3. Une exposition touchante. J’airais également était émue si j’avais eu la chance de la voir. Tu attises ma curiosité, je vais me renseigner sur cette artiste!

    • Elle semble souvent mêler sa vie perso avec ses oeuvres (elle a filmé les derniers instants de sa maman, par ex).

  4. ces photos sont vraiment jolie
    une belle découverte
    gros gros bisous

  5. ca a l’air d’ètre une chouette expo!

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