JAPON, le 8 juillet 2013 | 29 commentaires

Fujisan : une nuit en enfer

Fujisan nous l’a un peu joué à la Salma Hayek dans Une Nuit En Enfer : en l’apercevant, tu te dis Wooouah mazette ! NON MAIS QUELLE BONNASSE – avant de réaliser qu’elle est prête à te bouffer tout crû sans une once de scrupule. Nous avions envisagé le mal des montagnes, redoutions céphalées et nausées (on se voyait déjà respirer de l’oxygène en bouteille), craignions douleurs aux gambettes voire des crampes, fatigue extrême et foule agaçante t’empêchant d’avancer à ton rythme. Mais d’abominables trombes d’eau accompagnées d’un vent à décorner les boeufs comme potentiels compagnons de voyage : cette hypothèse n’avait nullement effleuré nos esprits embrumés par un enthousiasme débordant. Il faut dire que ça faisait une semaine que nous étions branchés sur la météo à peu près cinq fois par jour et on y voyait que du bon : des nuages, au pire, un peu de vent, mais à plus de 3 000 mètres, rien de transcendant. Comme quoi, Fujisan est aussi imprévisible qu’il est mythique : vous l’aurez compris, notre ascension n’a pas vraiment été celle que nous nous étions imaginée maintes fois dans nos petites têtes !

Arrivés à la station de départ la plus usitée (Kawaguchiko), des bourrasques de salopard font office de comité d’accueil. Bon, il est 22 H, altitude 2 300 mètres, je porte visiblement quatre des cinq épaisseurs que j’ai prévues pour l’ascension et je me caille déjà sévère. Allez, on positive, suffit de se mettre dans le bain pour réchauffer nos muscles endormis durant les deux heures de transport. On se munit se munit de notre bâton de pèlerin qu’on fera pyrograver à chaque station en mode "On est des winners et on a monté Fujisan fingers in da nose les gars !" Lampe frontale calée sur le front (c’est mieux), encouragés par la descente du début du chemin (quelle vieille entourloupe, sans déconner), la confiance nous gagne et nous arrivons aisément à la sixième station.
 
Fujisan
(Avant le déluge)
 
La vraie première partie du chemin, à base de caillasse volcanique friable et casse-gueule dans laquelle tu t’enfonces, alourdissant méchamment ton pas, commence alors. Et vas-y qu’on tourne à droite pour refaire un virage sur la gauche dix minutes plus tard, quelques petites marches de temps en temps histoire de bien casser ton rythme, tout ça dans une ambiance bon enfant ponctuée de "konbanwa" souriants et puants de motivation. Nous passons dans un nuage, ça mouille et le vent continue de souffler violemment, mais rien d’alarmant. En bons vilains français, on se surprend même à se moquer de la prévoyance des dizaines de japonais arrêtés au beau milieu du chemin et affairés à placer le rain-cover de leur sac à dos. Ne jamais douter des doutes d’un japonais : quinze minutes plus tard, la petite humidité est remplacée par une grosse drache qui nous fait bien regretter notre moquerie. Le chemin se corse, la caillasse est oubliée et détrônée par des rochers qu’il faut presque escalader, on comprend alors l’utilité de nos gants, d’autant que les rafales de vent hyper violentes nous forcent parfois à nous coucher face contre roche pour éviter de se vautrer ou de s’envoler ! La visibilité s’avère plus que pourrie, on ne voit pas à cinq mètres. Nous commençons à être vraiment trempés, la flotte ruissèle sur nos visages. Septième station, une petite potion énergétique, une barre Soyjoy pour se requinquer, sortie du rain-cover parce que nous tenons à nos appareils photos et à nos vestes moumoutées prévues pour le sommet et qui vont, a priori, être utiles ! Aucune douleur aux jambes, nous repartons de plus belle pour arriver à la huitième station située à 3 100 mètres, l’instant crucial où nous découvrons cette deuxième entourloupe : il y a deux huitièmes stations aaaaarggggh, encore 80 minutes à galérer dans le froid jusqu’à atteindre cette foutue deuxième ! Je commence à être vraiment frigorifiée malgré l’effort sensé te donner de la chaaaaleur : la pluie est incessante, le vent nous fouette la tronche, on manque de se casser la gueule à plusieurs reprises, mes gants sont trempés, mes mollets sont trempés, mes cuisses sont trempées, je grelotte et je n’arrive plus à me réchauffer même si je me la joue à la Véronique et Davina à coups de petits sauts et mouvements de bras ridicules. Pour minimiser cet état désagréable, j’essaie de penser à tous ces fous qui tentent de monter l’Everest, un petit cran au dessus quoi, les sourcils gelés et au bord de l’hypothermie, mais ça ne change pas grand chose : je m’en fous moi qu’ils montent l’Everest ces couillons, j’ai froooooooid, je sens plus mes doigts !! Nous tâchons de garder la foi. Arrivés à 3 400 mètres, nous squattons (trop) longtemps l’entrée des toilettes très parfumées de la huitième station. Des ricains viennent nous tenir compagnie dans ce lieu convivial et interdit au squattage (5 000 yens d’amende si tu te fais choper), le froid nous rend très rebelles. "Nous ne verrons jamais le lever du soleil" : cette phrase commence à se présenter à nous telle une putain d’évidence. Ça fait trois heures qu’il drache, au sommet, ce sera sans doute la même chose, voire pire. On est carrément dégoûtés, 300 mètres de dénivelé nous séparent du sommet de Fujisan, est-ce qu’il y aura une fenêtre météo tout en haut ? On en doute… et nous abandonnons petit à petit l’idée de terminer l’ascension. Nous tentons alors de pénétrer dans l’un des refuges, dont on se fait mochemment refouler au début, malgré mes yeux suppliants de petite malheureuse qui arrive plus à parler tellement qu’elle est congelée. Nous finissons par pouvoir y entrer : 400 yens le café, un maigre réconfort t’offrant la possibilité de t’asseoir sur un banc situé à côté de la porte et où, donc, tu te gèles clairement les fesses. C’est rudimentaire mais qu’importe ! Nous rencontrons deux françaises de notre groupe, indécises comme nous, à pousser l’effort jusqu’au sommet. Elles discutent en japonais avec un guide qui a déconseillé à ses randonneurs de terminer l’ascension. Nous prenons la décision d’arrêter les frais ici, d’attendre le lever du soleil avant d’entamer la (très pénible) descente…

Voilà comment nous ne sommes pas allés au sommet de Fujisan !

3 000 yens par personne pour rester davantage dans le refuge, les fesses à même le sol parce qu’elles sont trempées ("Hep toi, là bas, je t’ai vu ! T’as le cul trempé, hein ? Rends-moi le coussin qui est sous ton derrière !" Véridique…). Pour le café d’accueil, tu peux te gratter : c’est le prix à payer ! Et ouais, ils se refusent vraiment rien ces petits refuges ! Nous discutons avec deux anglais qui sont allés au sommet et qui sont redescendus illico, trempés et gelés comme nous, les pauvres grelotteront encore quand nous déciderons de quitter le camp, quelques dizaines de minutes plus tard. C’est con, mais à ce moment, là, on n’a plus aucun regret de ne pas être allés jusqu’à la dernière station. Le temps passe, il est 4 heures du matin, le soleil tente difficilement de percer : au rêve d’un lever de soleil merveilleux et romantique se substitue une espèce de purée de pois un poil dégueue, mais légèrement rosée (quand même) :
 
Fujisan
 
Voilà à quoi se résume notre tant attendu lever de soleil ! Nous n’avons même pas pris la peine de sortir nos appareils… La descente nous paraît plutôt tranquillou, même si la pluie continue de bien nous rincer.
 
Fujisan

Fujisan
 
La descente fut longue, très longue et vraiment pénible. Les genoux sont fort sollicités après une nuit blanche assez éprouvante et dès qu’on essaie de courir un peu, on manque de s’étaler ahah ! On la fera donc à la cool. Par moment, les nuages se sont dégagés, nous laissant entrevoir la superbe vue sur les lacs, enfin une récompense, j’en profite pour prendre deux-trois photos.
 
Fujisan

Fujisan

Fujisan

Fujisan

Fujisan
(Au dessus, il s’agit du chemin en zigzag emprunté lors de la montée)
 
Heureusement, nous avons tout de même eu le droit à quelques jolis paysages, sinon l’ascension se serait juste limitée à un gros carnage. Une chose est positive : nous étions bien préparés et nous n’avons nullement été courbaturés le lendemain. L’équipement aurait été nickel, sans la pluie, quoi. Un pantalon spécial ou au moins des guêtres auraient été fort appréciables, une paire de gants de ski aussi… Reste maintenant à attendre l’année prochaine… car ouiiiiiii, après avoir été dégoûtés, nous prévoyons peut-être de retenter l’ascension l’année prochaine, en espérant des conditions plus favorables : il paraît qu’il ne faut pas rester sur une mauvaise impression. Fujisan, un jour, nous t’aurons !

J’espère que vous avez passé un bon weekend, à bitôt !
 

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29 réponses à “Fujisan : une nuit en enfer”


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  2. vanessa

    Je l’ai fait fin septembre et je comprends votre douleur, c’est difficile mais j’ai eu la chance d’avoir un merveilleux temps même si une fois au sommet j’avais l’impression d’être un glaçon.
    Vous devriez retenter l’aventure, et puis voir le levée du soleil c’est tellement magnifique ça fait presque oublié qu’on est devenue un glaçon!!:P
    Mais la descente fut plus difficile, mais les paysages étaient sublime ya pas à dire!!!!
    en tout cas merci de partager votre histoire!!!!:)

    • Aaaaah comme je suis jalouse ! Je comprends que le temps était dégagé, quelle chance ! Ça doit être très émouvant !

  3. Elise

    Cela me rappelle notre ascension l’été dernier. Comme nous n’avions pas envie de grimper de nuit, encore moins d’être entassés dans un refuge, on est partis à la première heure le matin (effectivement, en croisant tous ceux qui finissaient). En 3h30, on était en haut, superbe vue, mais très très froid ! Et descente que j’ai trouvée plus douloureuse que la montée finalement.
    C’est donc tout à fait faisable en journée !

    • Oui largement faisable sur la journée, mais j’avoue que j’aime la symbolique du lever du soleil ! Si on se tente l’ascension une deuxième fois l’année prochaine, on refera sans doute l’ascension de nuit. Tout comme toi, j’ai trouvé la descente bien plus pénible… tu es tellement naze que tu as hâte d’atteindre la 5e station !

      • Elise

        En tous cas, j’aime beaucoup beaucoup ton blog. D’une part, cela me rappelle mon super chouette voyage au Japon l’été dernier. Rien que les photos parviennent à retranscrire l’atmosphère des rues, les temples, la chaleur. C’est presque comme si j’entendais les grillons (ou je ne sais plus leur nom) assise à mon bureau, à Paris. Et puis allant vivre moi même ailleurs et loin dans quelques temps, ton blog m’aide à envisager la manière de partager cette nouvelle vie ailleurs: de la curiosité, des belles images, du quotidien, sans jugement d’occidental. Et donc merci !

        • Si si, enfin nous aussi on les appelle « grillons ». Parfois, ils arrivent à me réveiller la nuit quand ils sont en mode concert de hard core du grillon ces coquins. Merci beaucoup pour ton petit mot.

  4. JC le fait cette nuit. Je viens de lire ton post, j’étais restée sur les préparatifs… je suis hyper déçue pour vous deux :(

    • Haaaa le veinard !! Il faisait un temps superbe à Tokyo aujourd’hui, j’espère qu’il en sera de même au Fuji qu’il puisse avoir une belle ascension !

  5. Liz

    Quel dommage, je comprends votre déception!! Le rêve de plusieurs semaines qui s’évanouit, c’est dur… mais il faut retenter l’expérience. C’est le genre d’expédition qui laisse des souvenirs plus que mémorables…

  6. [...] photos et raconte plein de belles choses sur sa nouvelle vie là-bas. Le récent récit de son ascension du Mont Fuji vaut vraiment le [...]

  7. Stéphanie K

    Une expérience inoubliable :)
    Ca fait plaisir de vous voir en photo les amoureux ^^

    Bisous

  8. Isa

    Il ne faut pas rester sur un echec , vous retentez l’expérience quand ;)

  9. Je vous félicite! Car même si vous n’êtes pas allés au bout, c’est quand même super ce que vous avez accompli. Il y a des choses qu’on ne peut maitriser, le temps en l’occurrence cette fois, mais votre courage et votre ténacité étaient bien là. Donc l’année prochaine, avec de meilleurs conditions météo vous serez des winners! En tout, je m’y serais cru!!!!
    ♥♥♥

    • On est était quand même hyper déçus… monter le Fuji sans voir le lever du soleil, à part se faire souffrir, ça n’a pas vraiment d’intérêt quoi !! Merci de tes encouragements Nadège !

  10. E.S

    J’aimerai quand même vraiment le monter….

    • Tu peux y aller quand tu veux toi en plus :-) Il paraît que c’est mieux un peu hors saison, t’auras bien l’occasion !

  11. J’ai beaucoup rigolée en te lisant, mais j’imagine à quel point ce n’était pas drole sur le coup! Je suis plutôt bluffée! je crois (je suis sûre) que je n’aurai jamais eu le courage d’arriver jusque là avec une météo pareille. Heureusement que vous avez eu droit à de beaux paysages pour la descente. J’espère que l’ascension prévue l’an prochain sera meilleure.

  12. Hahaha ma pauvre je te plains :( Déjà quand il fait froid c’est pas agréable mais la pluie et le vent c’est pire que tout !
    C’est marrant parce que j’ai une copine qui se préparait aussi à l’ascension, ça se trouve vous étiez dans le même groupe :o

    Heureusement vous avez pu voir quelques jolis paysages et j’espère que vous aurez plus de chances l’an prochain ♥

  13. Quel courage ! Je ne sais pas comment vous avez fait… Dans tous les cas, il paraît effectivement que lorsqu’il fait beau, le lever de soleil est particulièrement magnifique. J’espère que l’année prochaine, les conditions météo vous permettront d’avoir une ascension moins pénible et d’atteindre le graal.

    Et tu as bien raison, toujours faire confiance aux prévisions des japonais: s’ils ouvrent leur parapluie ou ont amené quelque chose que tu n’as pas, tu peux leur faire confiance, quelque chose va arrivé ;)

    Bises

  14. Marianne

    whoa l’épopée!

  15. Daolin

    Une seule chose a dire : Bravo !
    C’est forcement dommage mais c’est infiniment plus sage de ne pas etre alle au bout au vu des conditions !
    Malgre la tres bonne decision, quelle deception en voyant ton article ce matin >< Et la puree de pois… aie aie aie… l'enfer, c'est le mot…
    Je suis decue de ne pas avoir pu lire un article de vos aventures avec votre arrivee triomphale au sommet, les anges descendants du ciel et accompagnants le lever du soleil au son des clairons !
    Mais tant pis, je retiens l'effort, le manque de bol mais aucunement du a vous et surtout, la tres tres bonne decision !
    A retenter… et continuer de vous eclater le reste du voyage ! :D

    P.S : J'avais oublie de mentionner la descente… vous aussi vous vous etes retrouves avec les chaussures et les chaussettes integralement rouges, bourrees de poussiere ? ;)

  16. WOW!!! Bon, outre le fait que ton article est génial et que tu racontes superbement bien votre aventure (j’avoue, j’ai ri… un peu!), je trouve ça incroyable que vous ayez persévéré aussi longtemps malgré les conditions! Moi je me serais assise au milieu du chemin, j’aurais pleuré en appelant ma maman et j’aurais sans doute arrêté de respirer pour mettre fin à mes souffrances.
    CHAPEAU! Quelle aventure! :D
    Plein de bécots
    :)
    Célestine

  17. Whaou !! Magnifique ! Ca en vaux la peine !!!!

  18. waoo magnifique la vue! mais bon que de péripéties, ce n’est pas de tout repos, chapeau!
    bisous

  19. kenette

    Oh je suis déçue pour vous ! vous vous faisiez une telle joie de cette ascension, mais comme tu le dis si bien , à l’année prochaine fujisan , j’espère que vous aurez des conditions météo plus clémentes.

  20. quel courage !! C’est super !!!

  21. Et bien vous êtes courageux !! Mais c’est une belle expérience et il faut dire que la vue (même encombrée) est magnifique :)

    des bisous :)

  22. Bravo pour votre persévérance ! Je le dis sans hésitation, car je ne sais pas si j’aurais eu la force d’aller aussi loin que vous ! S’arrêter était vraiment une idée sage, me semble-t-il.
    Heureusement, partie descente, vous avez ramené tout de même de jolies photos. C’est chouette d’en avoir quand même pris cette année, car vous pourrez mieux voir la différence avec votre montée réussie de l’an prochain, avec de meilleures conditions météorologiques ! (Je croise les doigts.)
    En tout cas, la façon dont tu nous racontes votre périple est géniale. J’y étais.
    Des bises ! Réchauffez-vous bien !

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